L'émail est une technique merveilleuse qui permet toutes les folies de formes et de couleurs. J'ai appris à travailler cette matière pendant 2 ans avec les Ateliers d'Art de Paris, et je la pratique depuis le tout début de mes collections.

L'émail est du verre réduit en poudre très fine, fondu sur une base de métal. Le verre est évidemment une matière fragile mais allié au métal il devient très résistant. Pour mieux manipuler la poudre de verre si volatile, on la mélange à l'eau ce qui permet de poser les couleurs les unes à côté des autres sans qu'elles se mélangent.

L'émail fond, selon les couleurs, entre 700 et 900°, il est de tradition donc de cuire les couleurs les unes après les autres selon le degré de fusion. Mais il faut savoir que plus une pièce est cuite successivement et plus le métal s'épuise. D'autant plus quand la pièce est petite. Je préfère le plus souvent faire une moyenne de la température adéquate, ce qui développe en plus des effets de matières intéressants, par exemple un peu sous cuit, l'émail va avoir une surface plus rugueuse.

Le métal peut être du cuivre, de l'argent ou de l'or. Le cuivre est le métal que j'utilise le plus facilement, mais l'argent donne des tons bleu-vert très intenses comme de l'eau, et parait-il que l'or donne des rouges merveilleux. J'incorpore parfois des feuilles d'argent dans l'émail transparent ce qui fait encore plus jouer les lumières et les reflets. Et je m'attaque bientôt à la feuille d'or.

Les formes sont découpées avec une petite scie dans une plaque de métal de moins d'1 mm. Je récupère les traits des motifs aussi bien dans le journal que dans des recueils de silhouettes. Parfois je martèle les pièces avant émaillage pour leur donner du volume, parfois j'aime mieux garder la raideur du métal.

Il y a deux sortes d'émail : les couleurs opaques, très fifties et les couleurs transparentes avec une gamme plus pastel. J'utilise majoritairement des couleurs opaques, peut être aussi parce que les couleurs transparentes nécessitent d'être posées sur un émail intermédiaire appelé fondant, ce qui multiple les manipulations.

Comparé à la céramique, la cuisson est extrêmement rapide. Dès que le four est bien chaud, bien rouge, je place la pièce dans le four. Elle y reste autour d'une minute et en ressort rouge lave pendant quelques secondes. Pour éviter que le verre fusionne avec les bords du four, les pièces sont posées en suspension sur des supports en métal, laissant parfois des traces de "pernettes" dans l'émail.

Bien que l'on conseille souvent de poser l'émail en couche très fine, j'aime bien justement le poser en couche épaisse, ce qui accentue les couleurs opaques et leur apporte du relief. Aussi certaines pièces ont un verso légèrement plus foncé, ou beaucoup plus clair. Si ce n'est pas précisé dans la description du bijou, c'est que les deux faces sont relativement identiques.